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Cleopatra Lorintiu « Actualités »
La politique à
Bucarest: Référendum du 19 mai
Written by Cleopatra Lorintiu
Wednesday, 16 May 2007
La politique à Bucarest: Entre l’exercice démocratique et l’usage de termes
anachroniques au sujet du référendum du 19 mai.
Des analystes politiques, notamment britanniques, attirent l’attention sur la
situation «enflammée» de Bucarest. Disons que c’est un jugement partagé par
quelques journalistes et historiens qui trouvent l’action du Parlement roumain
de sanctionner ainsi le président en le suspendant de ses fonctions et en
faisant appel à la médiation des citoyens roumains, trop radicale !
Certains leaders politiques européens ont déjà pris fait et cause pour l’une des
parties en jugeant la situation politique roumaine en fonction de ce qui leur
semble intéressant ou juste, mais en appliquant leurs critères de démocrates
bien rodés, et qui viennent maintenant parler de la vengeance des « cartels de
Bucarest » et proclamer que « l’actuelle crise pourrait déstabiliser l’Europe
elle-même ».
On peut s’étonner qu’un exercice démocratique puisse susciter des jugements si
catégoriques, si radicaux! Le droit du peuple de s’exprimer par la voix de ses
représentants, les parlementaires, d’attirer l’attention sur des violations de
la Loi Fondamentale du pays, ne devrait pas déclencher un tel vertige ! La
suspension du Président pendant un mois de ses fonctions pour sanctionner les
actions et manipulations du président Basescu a été prise dans le cadre d’une
procédure tout à fait légale et par la majorité des électeurs, plus exactement
ce sont trois cent vingt deux parlementaires élus, tous partis confondus, qui
ont pris cette décision.
C’est maintenant au peuple de se prononcer lors du referendum du 19 mai, et
selon les sondages actuels le Président suspendu aurait toutes les chances de
reprendre ses fonctions.
Dans ce cas là, quelle pourrait être la raison de cette grande inquiétude que
manifestent les européens à propos de la situation actuelle en Roumanie ?
A l’attitude des Roumains, jugée comme trop « latine » et « émotionnelle »
répond celle des européens qui s’exprime par des jugements aussi alarmistes
allant jusqu’à parler de « l’échec de la réforme » qualification appliquée à la
Roumanie par la voix d’un analyste comme Tom Gallagher. Je ne me propose pas de
faire un commentaire par rapport à ces théories universitaires mais, la vitesse
avec laquelle la Roumanie est passée du stade « d’espoir » pour l’Union
Européenne à celui de « danger à l’extrême frontière russe de l'Europe », est,
quand même, sidérante !
Il est question de « cartels mafieux de Bucarest » ! Un autre terme diabolisant
dans le discours du Président et de son parti est celui d’ « oligarchie ».
Le Président suspendu l’emploie excessivement, et cette expression a comme
conséquence non seulement de soulever le mécontentement d’une partie du peuple,
particulièrement celui qui vit mal, déçu par le présent et qui, avec une
certaine nostalgie pense maintenant aux petits avantages d’un passé communiste,
mais aussi de pousser à la montée de l’inquiétude des analystes occidentaux qui
découvrent maintenant l’existence « des cartels mafieux ».
Là encore on ne peut que s’étonner. D’une part , ces « cartels » ce sont ces
mêmes qui étaient qualifiés, il y a quelques mois comme étant « l’avant -garde
de l’économie roumaine », ceux avec lesquels toutes les grandes compagnies et
entreprises européennes ont eu d’ailleurs d’excellents rapports commerciaux les
seize dernières années ; D’autre part le terme « oligarchie » dont il est fait
largement usage dans le débat politique et public pour diaboliser ceux qui
voudraient renverser le Président, nous renvoie aux lectures
marxistes-léninistes et à son usage excessif, répétitif, dans les œuvres des
Marx, Engels et Lénine, alors qu’il est question d’un pays qui est entré dans
l’économie de marché. Disons que ce sont là des termes anachroniques. A se
demander si au moment où la Roumanie quittait une économie planifiée, basée sur
la propriété collective des moyens de production, pour une économie de marché,
ceux qui qualifient aujourd’hui les « groupes d’intérêt » étaient au courant de
l’existence du terme « oligarchie » ?
Quoiqu’il en soit faisons confiance aux roumains, car cette « guerre » entre le
Président et le parlement, le gouvernement et une bonne partie de la presse,
divisent et représentent un vrai gaspillage d’énergie politique dans un pays qui
aurait besoin maintenant d’une coalition de toutes ses forces pour accomplir les
promesses faites à l’entrée dans l’Union Européenne.
Cleopatra Lorintiu
Journaliste - Bucarest (Roumanie)
www.cleopatra-lorintiu.com
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