Cleopatra Lorintiu  
 
 

    

     
 
Cleopatra Lorintiu est écrivain, poète, journaliste, chroniqueuse, éditrice, productrice, réalisatrice TV, grand reporter et ex diplomate
   
 
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Cleopatra Lorintiu « Critiques Livres »

 

Texte critique de Alexandru Cistelcan (dans le  Dictionnaire des Écrivains Roumains,éditions de  La Fondation Culturelle Roumaine, Bucarest, 1998)Dictionaire des écrivans Roumain

 

 « Une poésie aérée d’un ton plutôt léger que ludique marque le début de Cleopatra Lorinţiu « La reine aux pas volés » (1978)

Cleopatra Lorintiu - La reine aux pas volées - Copyright©2007Le volume est un journal doux d’adolescence, un compte-rendu d’états et de prédispositions calligraphiés avec innocence dans une écriture ingénue animée par un esprit ludique : « Sois tu le garçon des herbes est tant facile/ Pas un mot ne te touche/ les os ne te donnent plus de douleur. »

L’organisation de la confession dans une sorte de journal qui tient seulement de contact allusif avec la biographie est aussi la marque du volume de 1985« La terrasse aux lauriers roses ».Cleopatra Lorintiu - La Terrasse aux Lauriers Copyright©2007

L’écriture n’est plus agile, bien au contraire, elle est fragmentée et travaillée/épuisante avec des césures préméditées, surprenantes et avec l’emploi fréquent de l’enjambement. Les poèmes se chargent de figures livresques; mais leurs connotations visent plutôt l’efficacité de la confession.

Envahi par le réel, le poème « L’ Invité » de l’impuissance imaginaire, l’invité incapable d’offrir encore des mondes compensatoires ou de relâcher le ressort tordu des frustrations. La syntaxe connaît le relâche dans « Le paysage de mon absence» (1981) ouvert aux rêveries naturistes et à celles de la mémoire.

Malgré la persévérance élégiaque, la sensibilité poétique récupère quelque chose du mirage du monde et elle s’achève par la rencontre avec l’état de grâce : « derrière les haies, la menthe./ à travers la menthe fouillent les insectes / affolés par le soleil/ ils sortent dans le jardin/ pour toucher l’autre monde, le monde invisible./ la vraie odeur. »

   Rangés entre la crispation et l’exubérance, les poèmes se tiennent dans le périmètre de la détermination érotique, en suivant le relief domestique de celui-ci. Mais la magie de la présence tout comme celle de l’absence se reflètent dans une atmosphère mélancolique, de l’intérieur, du feu paisible, sinon silencieux de la passion. « Dans la chambre on ne sent plus l’odeur du tabac hollandais/ Sur la table il n’y a plus tes pipes, des êtres/ Le froid entre par des niches invisibles/ liant mon corps au lit malade. » L’équilibre des états est nostalgique doublé de pathétisme.Cleopatra Lorintiu - Presque Imaginaire - Copyright©2007

Du peloton de l’absence se déroulent les poèmes du volume « Presque imaginaire » (1987) valorisant la même ligne de l’évanescence plutôt que de la crispation. La sensibilité blessée se rachète dans des paysages hiératiques qui ne manquent pas de modulation sensuelle : « Matin vierge/ Le dessin des nuages très près./ Les poires mûres envahies par les guêpes/ dans le jardin de la fragilité./ Les tritons sont à la veille. » La mémoire même est habilitée à récupérer les séquences heureuses, et la poète travaille en contrepoint, non sans une délicatesse exquise de l’accord discordant : « avec une tonnerre/ comme une bande blanche dans tes cheveux noirs/ il m’est passé par la mémoire/ ta main, ta main…(…) Une fiole mélodieuse se craque. La réalité/ est renversée comme une paire de gants. La clé de la commode/ tombe avec un cri blanc sur les dalles. » Le journal des états continue ici aussi, plus varié et plus libre, et la vision reste déterminée par « les petites choses écrasantes par même leur insignifiance. »

Alexandru Cistelcan

(Fragment du Dictionnaire des Écrivains Roumains, La Fondation Culturelle Roumaine, Bucarest, 1998)

 

Critique de Cornel Regman sur le livre "Le paysage dont je suis absent" éditions Cartea Romaneasca 1981, publié dans la revue de l'Union des Écrivains"Viata romaneasca" septembre 1981Cleopatra Lorintiu - Le paysage de mon absence - Copyright©2007

 

 Le sténogramme des sentiments entre hésitation, insatisfaction et exubérance serait l’étiquette pour la poésie de Cleopatra Lorintiu dont le volume récemment paru, « Le paysage dont je suis absent » vaut le coup. La biographie est limitée et cryptique, on peut deviner la trajectoire d’un amour vu d’une lunette renversée qui éloigne au lieu de rapprocher. Le poète- être sensitif, enregistre tout avec le radar d’un papillon ce qui l’aide à éviter avec grâce le contact avec le trop- concret auquel Cleopatra Lorinţiu préfère le régime de l’évanescence.Cleopatra Lorintiu - Grece

Ainsi, même le sentiment de perplexité qui semble être l’état le plus radical des incomplétudes psychiques parvient au lecteur filtré de point de vue sonore par des rideaux successifs -des neiges ou des effluves odorées- ou par une toile de langueur qui s’empare doucement de tout. Cette évanescence rencontre des formes pareilles aux anémies symbolistes au moment où le poète -suprême lévitation du réel- sentiment du « paysage dont elle est absente », sa nostalgie la plus éloquente n’est pas comme chez les poètes esclaves du vital, une aspiration de purification, mais le procédé inverse-la fixation dans un paysage d’autant plus particulier et matériel, même aride et inhospitalier sinon spécialisé dans des émanations organiques persistantes où- comme dit le poète-« les mots ont de l’odeur et les vêtements du sens ».

C’est pour cela que le personnage envié est le pêcheur, impossible à le placer dehors son milieu : « debout, il a de grandes bottes de caoutchouc/ le chapeau troué sur la tête/ les cannes à pêche à gauche./ Son ombre avait l’odeur de poisson et du tabac hardi./ Si j’étais pareil à ce pêcheur/ solitaire et libre, s’intégrant dans un vrai paysage. » (Karma)

Mais les aspirations de fixation sont poussées plus loin encore et la condition enviée finalement est celle de l’arbre : « si j’avais été un arbre/ pour que je ne quitte jamais ce paysage/ tout au long de mes vies. »

Cornel Regman

(Fragment de la revue Viata romaneasca « Poète au deuxième volume », La Vie Roumaine, septembre 1981)

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