Cleopatra Lorintiu  
 
 

    

     
 
Cleopatra Lorintiu est écrivain, poète, journaliste, chroniqueuse, éditrice, productrice, réalisatrice TV, grand reporter et ex diplomate
   
 
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Cleopatra Lorintiu « Critique Poésie »

 

1.Article de Critique littéraire de Dan Ciachir publié dans le magazine"Saptamana" ("La semaine")1984, du  livre "Le paysage dont je suis absent".

2.  Vivre dans le monde de l’imaginaire  (Aureliu Goci- "La genèse et les structures de la poésie Roumaine dans le XX-ième siècle,( Édition Gramar, 2001, pg.351-353)
 

1. Les plus beaux et les plus authentiques poèmes que j’ai lus dernièrement se trouvent dans le livre « Le paysage dont je suis absent » de Cleopatra Lorintiu. Cleopatra Lorintiu - Le paysage de mon absence - Copyright©2007(éditions Cartea Romaneasca) 1981

Le ton unitaire et une profonde finesse suggestive se différencient d’une certaine tendance de la littérature jeune : sa caractéristique serait le désir pour une violence d’images et de mots et l’endurcissement du lyrisme.

Le livre de Cleopatra Lorintiu n’est pas autant un « volume » comprenant plusieurs cycles qu’un journal lyrique organique : même les abondances superflues, d’ailleurs inhérentes, correspondent à une tonalité générale. Il s’agit des traits dus à une éducation musicale. Ce n’est pas à cause des références que je fais cette inférence : par exemple, il y a un poème ayant le titre d’une célèbre pièce de Stravinsky ; c’est à cause d’une fluidité et d’un enchaînement promptes à harmoniser toute ingérence, à l’absorber. D’ici, une pudeur philologique, la discrétion et la soumission de l’objet.

On doit remarquer la force de suggestion d’autant plus qu’il y a chez nos femmes- poètes une maîtrise parfaite du message sensible où le drame du sentiment est très propre.

Il y a dans le livre de Cleopatra Lorintiu une décence du goût et de la sensibilité toujours opérante : il s’agit d’un de rares volumes dépourvus de bruit, des exclamations et des cris.

Une tache de cérébralité ennoblit l’affect, et le talent d’isoler le détail, de choisir l’élément significatif parle de soi-même : « midi saint, que je sois pareille à toi, chaleureux et libre », « à la pêcherie, l’inquiétude des branchies » ; « dans cette cellule le soir entre comme si c’était un être » ; « juin neige la maison » ; « que j’aie la tête pâle et innocente de la fleur ».

Cléopatra Lorintiu lors de la parrution : Le paysage de mon absenceDans un poème l’auteur perçoit une détention musicale et en général les images correspondent aux états intérieurs. Ces images sont raffinées, bien que simples, obtenues à la suite des réductions : « Ma chanson méconnue et pure soulage des souffrances futures » ; « Comme une bougie allumée je pleurais des larmes chaudes » ; « Si mon âme avait eu de couleur, elle aurait pu se donner… »

Il y a dans les nombreux poèmes de Cleopatra Lorintiu- ceux du volume" Le paysage de mon absence" le sentiment d’une chanson simple et tragique, du temps sonore. 

Voilà une pièce dont le paon est le motif. Je préfère de reproduire la poésie et je ferais de même avec beaucoup d’autres, car les poèmes de Cleopatra Lorintiu ont la cohésion de la chanson : la fragmentation, la citation les mutile.

« Il m’aurait été impossible de le perdre,/ Il était là, derrière, il me suivait comme un motif oriental/ doux et nostalgique, emmenant dans ses plumes multicolores le cri mystérieux des matins d’autan./ Il surgissait là où je m’y attendais le moins/ Une fois je l’ai senti dans une des centaines de voitures/ qui roulaient vers le passage./ Ensuite, une nuit, il est surgi des livres…/Il tenait la balance juste de l’été./ La frontière fine de la folie./ Sans lui, château de sable, château de sable…/Pourquoi je m’en souviens ?/ Maintenant au bord du lac, prisonnier du silence et de la crainte instaurés trop facilement./ L’un des oiseaux de nuit le porte/ dans son cri étrange/ dans le vide. » Meditéranée -Cleopatra Lorintiu

Les poèmes de Cleopatra Lorintiu composent une chanson authentique et je pourrais dire qu’ils comprennent dans le sous -texte un mépris tacite des artifices et de préméditations, d’épuisants manœuvres artistiques épuisés. La virtuosité éloigne le lyrisme. Pour soutenir mes affirmations je reproduis le plus beau poème du volume, « Dessin d’automne ».

« Combien du bleu d’automne s’est écoulé / combien de ce chapiteau impossible à refaire/ Je l’ai vu jour après jour/ se profiler provocateur- le travail d’un maçon anonyme-/ et maintenant, écroulé, ramassé avec la poussière dans les brouettes des éboueurs/ impossible à me le souvenir. / J’ai passé par lui chaque jour,/ pour longtemps. Son ombre timide/ et allongée a été le décor de tant d’histoires./ Je l’ai regardé dans la lumière sale de la pluie/ dans l’éclat impitoyable du midi./ J’ai adossé mes yeux sur lui/ avec indifférence, suspendue par l’impression de l’importance/ de ce jour-là./ Il est devenu mon confident calme,/ presque religieux,/ là sous la voûte de l’entrée,/ quand j’attendais ton apparition./ Il a accompagné le mouvement graduel/ ma chute lente sous le septentrion./ et rien de sa forme achevée/ il y a trois siècles par un maçon anonyme/ n’est resté dans le souvenir/ Il est là, dans le trou au plâtras ,/ des briques dépareillées et de la poussière,/ impossible à refaire. »

Une telle nostalgie et dissolution, une telle évanescence réunies dans un poème d’amour comme tout le livre : une harmonie de la douleur. Comme quelqu’un disait : « La recherche du temps perdu ne signifie pas la recherche des occasions pareilles », mais une pénitence véritable.

Dan Ciachir (1984)

                            2. Vivre dans le monde de l’imaginaire

La sortie du rêve, le déchirement du paysage, la séparation des livres semblent extrêmement difficiles à vivre pour le personnage de la poésie de Cleopatra Lorintiu mais plonger dans la réalité, dans le quotidien ardent le conduit vers une découverte époustouflante : que la vie même, presque imaginaire- est, elle-même, pleine de fiction.

L’élaboration poétique semble poussé au absolu et la manipulation frénétique des concepts –dans les poèmes on parle aussi d’une imagination onirique, de la transfiguration, de la contemplation,) fond que la réalité est conceptualisé comme dans les cornues des alchimistes.

La poésie de Cleopatra Lorintiu part d’une perception partielle de la réalité par une généralisation, se dynamise comme fin rationnement intellectuel, d’où l’aspect carré « voulu rigide » . Et peut être, elle resterait comme ça, si un instinct du jeu, ludique, un impulse d’une certaine gravite n’intervenait pas au bon moment .

Cet instinct ludique lui accorde un grand niveau d’abstractivité : parmi les poètes du fin de siècle, Cleopatra Lorintiu est la seule qui s’approche  de Nichita Stanescu.

Aureliu Goci- "La genèse et les structures de la poésie Roumaine dans le XX-ième siècle,( Édition Gramar, 2001, pg.351-353)
 

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