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Cleopatra Lorintiu « Critique Poésie
»
1.Article de Critique littéraire de Dan Ciachir publié dans le magazine"Saptamana"
("La semaine")1984, du livre "Le paysage dont je suis absent".
2. Vivre dans le monde de l’imaginaire
(Aureliu Goci- "La genèse et les
structures de la poésie Roumaine dans le XX-ième siècle,( Édition Gramar, 2001,
pg.351-353)
1. Les plus
beaux et les plus authentiques poèmes que j’ai lus dernièrement se trouvent dans
le livre «
Le paysage dont je suis
absent
» de Cleopatra Lorintiu.
(éditions
Cartea Romaneasca) 1981
Le ton unitaire et une profonde finesse suggestive se différencient d’une
certaine tendance de la littérature jeune : sa caractéristique serait le désir
pour une violence d’images et de mots et l’endurcissement du lyrisme.
Le livre de
Cleopatra Lorintiu n’est pas autant un « volume » comprenant
plusieurs cycles qu’un journal lyrique organique : même les abondances
superflues, d’ailleurs inhérentes, correspondent à une tonalité générale. Il
s’agit des traits dus à une éducation musicale. Ce n’est pas à cause des
références que je fais cette inférence : par exemple, il y a un poème ayant le
titre d’une célèbre pièce de Stravinsky ; c’est à cause d’une fluidité et d’un
enchaînement promptes à harmoniser toute ingérence, à l’absorber. D’ici, une
pudeur philologique, la discrétion et la soumission de l’objet.
On doit remarquer la force de suggestion d’autant plus qu’il y a chez nos
femmes- poètes une maîtrise parfaite du message sensible où le drame du
sentiment est très propre.
Il y a dans le livre de
Cleopatra Lorintiu une décence du goût et de la
sensibilité toujours opérante : il s’agit d’un de rares volumes dépourvus de
bruit, des exclamations et des cris.
Une tache de cérébralité ennoblit l’affect, et le talent d’isoler le détail, de
choisir l’élément significatif parle de soi-même : « midi saint, que je sois
pareille à toi, chaleureux et libre », « à la pêcherie, l’inquiétude
des
branchies » ; « dans cette cellule le soir entre comme si c’était un
être » ; «
juin neige la maison » ; « que j’aie la tête pâle et innocente de la fleur ».
Dans un poème l’auteur perçoit une détention musicale et en général les images
correspondent aux états intérieurs. Ces images sont raffinées, bien que simples,
obtenues à la suite des réductions : « Ma chanson méconnue et pure soulage des
souffrances futures » ; « Comme une bougie allumée je pleurais des larmes
chaudes » ; « Si mon âme avait eu de couleur, elle aurait pu se donner… »
Il y a dans les nombreux poèmes de Cleopatra Lorintiu- ceux du volume"
Le paysage de mon absence" le sentiment d’une chanson simple et tragique, du temps sonore.
Voilà une pièce dont le paon est le motif. Je préfère de reproduire la poésie et
je ferais de même avec beaucoup d’autres, car les poèmes de Cleopatra Lorintiu
ont la cohésion de la chanson : la fragmentation, la citation les mutile.
« Il
m’aurait été impossible de le perdre,/ Il était là, derrière, il me suivait
comme un motif oriental/ doux et nostalgique, emmenant dans ses plumes
multicolores le cri mystérieux des matins d’autan./ Il surgissait là où je m’y
attendais le moins/ Une fois je l’ai senti dans une des centaines de voitures/
qui roulaient vers le passage./ Ensuite, une nuit, il est surgi des livres…/Il
tenait la balance juste de l’été./ La frontière fine de la folie./ Sans lui,
château de sable, château de sable…/Pourquoi je m’en souviens ?/ Maintenant au
bord du lac, prisonnier du silence et de la crainte instaurés trop facilement./
L’un des oiseaux de nuit le porte/ dans son cri étrange/ dans le vide. »

Les poèmes de
Cleopatra Lorintiu composent une chanson authentique et je pourrais dire qu’ils
comprennent dans le sous -texte un mépris tacite des artifices et de
préméditations, d’épuisants manœuvres artistiques épuisés. La virtuosité éloigne
le lyrisme. Pour soutenir mes affirmations je reproduis le plus beau poème du
volume, «
Dessin d’automne
».
« Combien du bleu d’automne s’est écoulé / combien de ce chapiteau impossible à
refaire/ Je l’ai vu jour après jour/ se profiler provocateur- le travail d’un
maçon anonyme-/ et maintenant, écroulé, ramassé avec la poussière dans les
brouettes des éboueurs/ impossible à me le souvenir. / J’ai passé par lui chaque
jour,/ pour longtemps. Son ombre timide/ et allongée a été le décor de tant
d’histoires./ Je l’ai regardé dans la lumière sale de la pluie/ dans l’éclat
impitoyable du midi./ J’ai adossé mes yeux sur lui/ avec indifférence, suspendue
par l’impression de l’importance/ de ce jour-là./ Il est devenu mon confident
calme,/ presque religieux,/ là sous la voûte de l’entrée,/ quand j’attendais ton
apparition./ Il a accompagné le mouvement graduel/ ma chute lente sous le
septentrion./ et rien de sa forme achevée/ il y a trois siècles par un maçon
anonyme/ n’est resté dans le souvenir/ Il est là, dans le trou au plâtras ,/ des
briques dépareillées et de la poussière,/ impossible à refaire. »
Une telle nostalgie et dissolution, une telle évanescence réunies dans un poème
d’amour comme tout le livre : une harmonie de la douleur. Comme quelqu’un disait
: « La recherche du temps perdu ne signifie pas la recherche des occasions
pareilles », mais une pénitence véritable. Dan Ciachir (1984)
2.
Vivre dans le monde de l’imaginaire
La sortie du rêve, le déchirement du paysage, la séparation des
livres semblent extrêmement difficiles à vivre pour le personnage de la poésie de
Cleopatra Lorintiu mais plonger dans la réalité, dans le quotidien ardent le
conduit vers une découverte époustouflante : que la vie même, presque
imaginaire- est, elle-même, pleine de fiction.
L’élaboration poétique semble poussé au absolu et la manipulation frénétique des
concepts –dans les poèmes on parle aussi d’une imagination onirique, de la
transfiguration, de la contemplation,) fond que la réalité est conceptualisé
comme dans les cornues des alchimistes.
La poésie de Cleopatra Lorintiu part d’une perception
partielle de la réalité par une généralisation, se dynamise comme fin
rationnement intellectuel, d’où l’aspect carré « voulu rigide » . Et peut être,
elle resterait comme ça, si un instinct du jeu, ludique, un impulse d’une
certaine gravite n’intervenait pas au bon moment .
Cet instinct ludique lui accorde un grand niveau d’abstractivité : parmi les
poètes du fin de siècle, Cleopatra Lorintiu est la seule qui s’approche de Nichita Stanescu. Aureliu Goci- "La genèse et les
structures de la poésie Roumaine dans le XX-ième siècle,( Édition Gramar, 2001,
pg.351-353)
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