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Cleopatra Lorintiu « Critiques »
Références critiques sur la poésie de Cléopâtre Lorintiu (Extraits)
Textes écrits par :
Geo Vasile
Aureliu Goci
Dan Ciachir ( voir Critiques deux )
Alexandru Cistelecan (voir Critiques trois )
Cornel Regman (voir Critiques trois )
Critique livres
Critique poésies
Critique Prose
Autres textes critiques ont été publiés dans des revues littéraires par:
Alexandru Piru, Daniel Dimitriu, Laurenţiu Ulici, Ion Bogdan
Lefter,Voicu Bugariu, MihaiUngheanu, C.Stanescu, Alex.Stefanescu,
Valentin F.Mihaescu, Adrian Popescu, Radu Comănescu, Grete Tartler, Ion Murgeanu,Tudor
Opris,Valeriu Bargau, Florin Costinescu,I on Oarcasu, Anghel Dumbraveanu, Lucian
Chisu, Gavril Moldovan, Marin Sorescu, Radu G.Teposu, Olimpiu Nusfelean,
Alexandru Horia, Diana Soare, Sanda Faur, Andrei Milca, Elvira Ivascu.
" Un contretemps
existentiel "
(fragments)
par Geo Vasile
Les textes
écrits et publiés pendant la dictature surprennent non seulement par leur valeur
artistique, mais aussi par une dissidence ouverte contre les dogmes du réalisme
socialiste qui condamnait les écrivains à un bonheur onirique, évaporite:
“S’échapper au rêve/ me paraît de plus en plus pénible./ Un moteur rugit toute
la nuit./ Une victime anonyme dans la lucarne./ Et la peur gluante de la
solitude,/ Le mot écrit tourne en chaton, chaton de peuplier/ Il erre ahurissant
à travers le quartier.”
Les messages sur la condition du poète ne sont guère allusifs, mais des
témoignages directs, chagrinés et provocateurs: “Plus proche. Un frisson/ Un
fantôme glacial de la défaite. Et/ milliers des pas sur les couloirs obsessifs./
Mélodie intérieure/ je ne m’attendais pas que tu finisse/ justement
maintenant!”.
L’élan du coeur est celui de la vitalité débordante, du désir protéique de vivre
intensément. Le jugement critique, omniprésent
s’impose découragé et annule les intermittences du coeur: “Mais c‘est différent,
tout/ est différent. Piégée maintenant, il ne me reste/ qu’à me débattre. Le
printemps jette ma ration de lumière/ il dore cette paume de mendiante. Cette
vie presque imaginaire.”
Ayant la conscience de son état crépusculaire et marginalisé, “en souriant
forcément dans les marges de l’hiver”, Cleopatra Lorintiu distille son vers dans
des énoncés concentrés, une sorte d’exorcisme appliqué à un réel démoniaque,
sanglant:
“Quelle endurance vaine,le sens que j’avais perdu/ le faux sens égaré/ l’âme
épuisée./ la réalité, tellement étrange./ le froid compact./ et la mémoire, des
lambeaux, des lambeaux./ des plumes s’envolent d’un vieil oreiller./ tu
esquisses un pas et tu te heurtes/ contre le mur invisible./ tu tends la main et
la retires ensanglantée.”
L’expressivité, la science de l’équilibre entre l’introspection et la
contrepartie du réel, la disponibilité d’un imaginaire toujours en garde et apte
à se cristalliser dans des compositions raffinées, denses par la gravité et la
diction de la problématisation sont les ingrédients du talent de Cleopatra
Lorintiu.
Il y a une fièvre, une alarme, un contretemps existentiel presque irréversible
dans Le Thé des amants. La psychanalyse de ce phénomène mène la poète à invoquer
des remèdes comme “Que la lumière de la lune/ prenne, comprenne/ cette facette
fatiguée de notre coeur”.Avec ferveur (le rêve poétique) et avec clarté (la
raison inexorable) on aboutit à la radiographie de l’état, physique et moral,
motivation de la défection: “je me retire de vous./ les sons me chassent. Les
voix/ brûlent mes oreilles, au fond du coeur/ du plomb dans mes pieds, je me
retire, je me retire./est-ce que tu ne saisis pas comment je renonce,/ douée
d’une grâce superficielle/ peut-être même de féminité […]”
Désenchantement, lucidité brusque, le réveil d’une extériorité froide, abusive,
abandonnée par le mystère. Le vers même devient de la notation nette, du
découpage hallucinant. Prisonnière dans le réseau des noyaux du désenchantement
sémantique, la poésie de Cleopatra Lorintiu s’approche de celle de Montale.
Geo Vasile
Dictionnaire des auteurs, éditions Dacia, 2002
Pages 264-266
Vivre dans le monde de l’imaginaire
S’échapper au rêve, s’abstraire au paysage, se séparer des livres semblent très
difficile pour le personnage de la poésie de Cleopatra Lorintiu, mais le bain de
la réalité, le plongeon dans le quotidien ardent le mène à la découverte
merveilleuse que la vie – presque imaginaire – possède un contenu fictionnel
significatif. L’élaboration est minutieuse et la manipulation frénétique des
concepts – dans les poèmes on parle même d’imagination onirique, de
transfiguration, de contemplation – conduit à la conceptualisation en ressorte
de la réalité.
La décoration de la nature extrait seulement des essences des contingences du
paysage et le découpage du décor semble stérilisé et éternisé sous des coupoles
en verre comme si l’on préservait un coin de nature dans des millénaires à
venir.
La poète ne parle plus des monuments de la nature – invoqués même dans les
titres des poésies - mais le sens naît de l’idée de la nature en tant que
monument ou rareté éblouissante - …Des abstractions/ j’avais plongé dans le
vide…gardée dans un carrousel de “cartes postales”.
Les images syncopées, saccadées, pas nécessairement hermétiques, mais raccordées
dans la structure du texte à un code qui personnalise seulement l’intimité
fonctionnelle.

C’est à cause de l’instinct ludique accompagné d’une lecture mnémotechnique que
la poète réhabilite – même investit d’une fonction ironique – le diminutif
(petite semence/ bougie/ branche/ tasse). Cleopatra Lorintiu reflète à une
esthétique du désirable, mais la poésie reste absconse, difficile, en quelque
sorte aride, complètement dépourvue de prédictibilité sémantique, irrégulière,
comme si elle était coupée par une scie.
Voilà le poème
Insignifiance:
Faites des petites choses. Écrasantes/ par même leur insignifiance.// Et quand
même elle est plus riche, plus dense/ comme si tu t’avais parfaitement relâché
les muscles,/ comme si la rivière paradisiaque/ passe près de ton oreille.// Tu
t’avances dans la vie des petites choses. / Tu en cherches le fonctionnement
libre des mécanismes./ (Les mots justes sont en proie au sommeil, vois-tu, la
vie des petites choses/ semble respirer leur sève.) Et tout à coup/ quelque
chose de triste./ Tu veux crier/ mais ta voix est faite/ de petites échardes.
La perception fabuleuse du monde, de l’esprit ludique, du mécanisme des
diminutifs, du socratisme des initiations provient de l’univers enfantin. Si
dans les livres pour enfants Cleopatra Lorintiu joue, dans les volumes
ultérieurs elle prend conscience de l’enfance et établit les règles du jeu.
L’amour est aussi un jeu et une enfance; le slalom de l’existence lui aussi (“la
vie – une biche atteinte/ dans le trafic de l’autoroute”) tout comme la
respiration finale. L’utopie de l’univers enfantin accompagne même le sentiment
érotique: Si je pouvais te garder petit/ ange auprès du moi-/ Miniature aux yeux
levantins…si je pouvais te garder seulement un enfant.. Et que la pensée sorte
nu-pied/ sur les pierres chaudes de l’été/ folâtrer dans l’air dense/ quelque
part, tout près d’une frontière imaginaire/ aux gardiens endormis.

Dans cette miniature pleine de grâce on voit
clairement se démarquer le fait qu’avant d’être une poétique,
l’idéation lyrique se veut une anti-rhétorique de l’amour, de
l’enfance, du jeu. C’est l’idéal de la poésie de Cleopatra Lorintiu
de se confesser sans faire des confessions, de raconter sans
narrativité, de faire de la poésie sans lyrisme. C’est la variante
de son “ouverture” dans le jeu d’échecs où elle emploie des pièces
blanches.
Aureliu Goci
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