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Cleopatra Lorintiu « Ion Caraion»
D’abord les souvenirs, tant que je puisse me
rappeler aujourd’hui.

C’était le juin 1981 dans un Bucarest écoulé sous la chaleur du
début d’été, pesant ,d’une certaine manière.
On assistait à la rencontre des écrivains de Bucarest dans la
grande salle des concerts de la Radiodiffusion, rue Nuferilor (actuellement rue
Général Berthelot.)
Elle aurait être la dernière réunion des écrivains , jusqu’à l’année du carrefour de la
société roumaine, 1989. La peur du régime communiste que les
écrivains puissent se réunir, prendre la parole, s'exprimer et
être écoutés par l'Occident était énorme.
l'écrivain La répression et la
suspicion régnaient au pays.
Personne ne se faisait plus des illusions et je me rappelle
encore les chuchotements, l’impression qu’il y a quelque chose
qui se prépare. Mais seulement l’idée d’un complot, d’une soit
disant dissidence pourrait déclencher des graves dommages, la
détention, des interrogatoires sans fin, des persécutions envers
la famille et le cercle d’amis, l’interdiction du droit de la
signature dans la presse.
On était dans le grand hall et la parole pleine d’humour de
l'écrivain Fanus Neagu animait l’atmosphère. Je ne me rappelle pas
exactement qui m’a présenté a Monsieur Caraion mais lui m’a
offert son dernier livre ‘’L’amour est le pseudonyme de la
mort’’.Il était un poète respecté, connu par le public grâce
a ses traductions de la grande poésie universelle, en Roumain.
Je l’ai lu avec le sentiment que c’est un livre qui témoigne sur
la souffrance et qu’elle use d’un double langage .Dans quelques
journées j’ai laissé le manuscrit de mon essai dans la rédaction
du mensuel littéraire Amphithéâtre, le poète Dinu Flamand était
l’éditeur et Stelian Motiu le rédacteur en chef. Je me rappelle
également le titre ‘’Intensité et authenticité ‘’
Comme Ion Caraion m’avait laissé son numéro de téléphone sur un
bout de papier, j’ai essayé l’appeler. Personne n'a répondu au téléphone.
J’imaginais qu’il avait lu l’article et comme chaque jeune
écrivain je crois que j’attendais un petit mot, l’essai était
assez ample et à mon avis, bien écrit.
C’était un vendredi quand j’ai appris que Ion Caraion avait
quitté le pays. L’info venait par la Radio Europa Libera, chaîne
interdite à l’époque. J’avais compris qu’il avait reçu l’asile
politique en Suisse.
Mon article venait d’apparaître, les conséquences
s’enchaînaient. Également pour les éditeurs du mensuel. En tout
cas je n’ai plus publié dans cette revue.

Une année après ces faits j’ai trouvé une lettre dans la boite
postale – une carte de veux arrivée avec un retard de six mois,
chose normale pour la correspondance venu de l’étranger à
l’époque… Le timbre était surtout inhabituel pour le pays des
interdictions dans lequel on y vivaient, il représentait un ange
!!!
L'enveloppe portait le tampon de la Suisse. Aucune signature, une adresse
de post restant à Lausanne et deux initialles I.C. A l’intérieur, une carte de vœux et
un poème en rimes, difficile à traduire .
‘’Un tardive gentille merci

Pour la fille qui a écrit
A écrit et attendait
Juste un mot , mot parsemé
Sur la route de l 'étoile
De chez moi jusque chez elle
Qu'il défeuille dans la pensée
oh, pourtant si tu savais ....''
Il ne m’avait pas oublié.
Une biographie hallucinante:
Ion Caraion (1943-1986)
Né le 24 mai 1923 a Rusavat département de Buzau, Roumanie.
Ion Caraion a été un poète rebelle, révolté, qui a agit sans
peur et qui a été puni par tous les régimes politiques pour son
courage sans norme
Son premier volume de poèmes Panopticum 1943 il a été
tout suite interdit et retiré des librairies pour son ton
protestataire.
En 1945 se trouve à cote de Virgil Ierunca comme editors de la
revue Agora dans laquelle publiaient des prestigieux
écrivains.
Ion Caraion écrivait ‘’ J’ai été exclus d’une manière abusive du
syndicat des journalistes, de mon poste de conseiller du
Ministre des arts et de chef de presse de la Maison d’édition
des Fondation Royales. On a interdit aux revues, aux journaux et
aux maisons d’édition de publier mes œuvres ou même de publier
mon droit a la réplique.
Les invectives contre moi on rempli la presse et tout l’appareil
de propagande et d’agitation du parti communiste qui se
prétendait d’être roumain, frappait assoiffé dans une seule
personne , moi. La peur face aux mots, face aux intellectuels
C’est seulement Theodor Teodorescu Braniste dont la témérité,
rectitude morale et courage dans la défense de la démocratie a
eu le courage de publier a l’époque deux article La crise de
la culture et La crise de l’homme/
Emprisonné prison entre
1950-1955,obligé faire des travaux forcées y compris dans les
mines de plomb à Cavnic et Baia Sprie . Son épouse, Valentina
Caraion fait la remarque que à cette époque il a attrapé une
grave maladie de foi qui serra la cause de sa mort. En 1958 il
est de nouveau emprisonné, accusé de’ espionnage, haute trahison
et diffamation de la culture socialiste .
Condamné à la mort.
La peine est commuté en prison perpétuelle . Il était accusé
d’avoir écrit des listes des noms des écrivains dissidents qui
auraient pu être aidés financièrement par l’occident . Cela
constituait à l’époque un acte de trahison . Il était accuse
également d’avoir envoyé pendant sa détention pour travaux
force au Canal Dunarea –Mer Noire, des poèmes a l’étranger , en
effet il s‘agissait des poèmes appris par cœur dans la prison et
écrites après sa libération .
Celle qui les a tapé a la machine
était son épouse .Elle a été arrêtée, condamnée pour complicité
et haute trahison .Valentina Caraion a été condamnée a 15 ans de
prison.
En 1964 le poète sort de la prison
suite a une clause annexe vu la Roumanie contenu dans la
Convention de Yalte , clause qui stipulait que après 2O ans les
prisonniers politiques serreront libérés .
C’est seulement après 1966 qu’il commence à
publier en Roumanie des nombreux volumes de poésie et de
traduction de la littérature universelle. Entre 1966-1989 le
poète a écrit énormément et a traduits des centaines des poèmes,
particulièrement de la poésie française, américaine et
canadienne . Il a traduit également des livres d’Antoine de
Saint Exupery ,L’Éternité plus un jour de Georges
Emmanuel Clancier, Under the Volcano de Malcom Lowry et
poèmes de Ezra Pound,Cesare Pavese, Anna Ahmatova, Raymond
Queneau,Pierre Emmanuel,Rainer Maria Rilke, Dante,
Shakespeare,Heine,Giordano Bruno, Baudelaire,Puşkin ,Lermontov.
Après 1989 ‘’ses ennemies littéraires
‘’ont publié dans les journaux de Roumanie qu’est ce qu’on
pouvait appelé ‘’son dossier d’informateur des service
roumains’’.
Mais personne n’a pensé en effet que, certainement, ses aveux
étaient faites dans la prison, dans les chambres de la torture,
sous chantage et sous la menace de la mort.
Ainsi, Ion Caraion condamné pendant sa vie à la prison et à la
mort, le poète malheureux et exilé, a été ‘’puni’’ encore une
fois dans sa postérité d’une manière assez ignoble, par un acte
de vengeance posthume qui salit la mémoire d’un écrivain qui a
donné toute sa vie a la littérature.
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