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Cleopatra Lorintiu « François Fejto
»
Ce que j'ai parlé avec Monsieur Fejtö....
Tout ce que j’ai parlé avec monsieur François Fejtö n’est
resté nulle part, c’est le destin des rencontres extraordinaires
après lesquelles c’est seulement l’essentiel de l’instant mémorable qui reste
.Tous les autres choses s’enfuient.

C’était un mardi, le 10 décembre 2002 et j’étais depuis peu du
temps en poste diplomatique à Paris, auprès de l’Ambassade Roumaine. Notre
ambassadeur , Son Excellence Oliviu Gherman m’a informé qu’on va se rendre le
soir au Cercle républicain , situé dans le premier arrondissement,5 Avenue
d’Opéra.
Il devrait tenir une allocution pendant une soirée intitulé : "Comment sont ils
perçus les hongrois dans les pays d’Europe et quelles sont leurs relations avec
les autres !"
Une page de papier assez modeste qui était en effet l’invitation envoyé par fax
à ce dîner annonçait également la présence de notre ambassadeur, le doyen de la
faculté de physique de Cluj et de celle de chimie de Craiova ainsi que sa
trajectoire politique .
a droite photo de Illes Sarkantyu
Dans le haut de la page , un emblème : ALCYON , ça ne me disait pas grand-chose
et une adresse: Le Club des hongrois à l’étranger ,présidente
Madame Lila Fourier ; à gauche , comité d’honneur , noms de grande
résonance comme Madame Eva Barre ( l’épouse de l’ancien premier ministre
français Raymond Barre), l’écrivaine Christine Arnothy, Gitta Mallasz,(
l’auteur des « Dialogue avec l’Ange », Pierre Kende, sociologue et
analyste politique qui avait quitté la Hongrie depuis longtemps , Nicolas
Sarkozy à l’époque il était Ministre de l’Intérieur) , Sandor Vegh,
le violoniste et chef d’orchestre hongrois né à Cluj en Transylvanie en 1912 et
qui était décédé en 1997 à Salzburg, Gyorgy Ligeti, né aussi près
de Tarnaveni, en Transylvanie, et monsieur François Fejtö.
Le comité d’honneur avait quand même un rôle … honorifique, n‘est
ce pas ? ma première impression était qu’on va assister à une soirée dans la
bonne ligne des rencontres, un peu obligé vu l’entrée des pays dans l’Union
européenne .
Sans surprise, sans des moment mémorable. Et pourtant, pour moi
ce
soir la du rester dans mon souvenir a cause d’une présence.
à ma gauche, un vieux monsieur , très souriant , avec un regard
espiègle avec lequel j’ai commencé une conversation
animé.
D’abord on a parlé de la Transylvanie ou Ardeal, de Cluj , des
poètes comme Petôfi et Ady Endre. Il était une encyclopédie personnifié , un
document vif d’un siècle tout entier, avec des guerres, des paix, des traités ,
des intolérances et des amitiés, J’avais près de moi le témoin intelligent,
l’analyste doué et raffiné d’un siècle de cohabitation entre les hongrois et les
roumains.
François Fejtö, ( Ferenczi Fejto), avait connu Emil Cioran, et Mircea
Eliade et ils étaient solidaire comme des voisins pendant leur exile parisien.

Et il savait tant des choses monsieur Fejtö sur le vingtième
siècle, qu’il avait parcourut et sur cette Mitteleuropa, un concept si
controversé .
Écrivain, journaliste, analyste politique, historien, il a essayé dire à
l’Occident qu’il ignore en effet cette Europe Centrale si peu connue !
Né à Nagykanizsa, le 31 août 1909 ce brillant spécialiste de l’Europe
Centrale venait d’une famille de libraires et des gens du livre, famille bien
intégrée à la société austro-hongroise. ;
Le moment du démantèlement de l’Empire austro hongrois la famille a été décomposé
et ses membres se sont retrouvés, par la volonté du hasard de l’histoire,
citoyens yougoslaves, italiens, tchécoslovaques, roumains ou hongrois.
Issu d’une famille juive hongroise assimilé, né d’une mère adoptive chrétienne,
Fejtö est devenu catholique disait qu’il est judéo chrétien. C’est rare à
trouver un citoyen plus européen que lui, qui avait commencé ses études a Pécs
et Budapest.
Il avait des amis slovaques, allemands, roumains et italiens ; Après la prison
en 1932 pour raisons politiques(il avait organisé un cercle d’études marxistes
il a adhéré au parti social démocrate.
En 1935, il fondait avec le poète Attila József et le
publiciste Pál Ignotus, la revue littéraire antifasciste et
antistalinienne Szép Szó.
Il publiait des textes de Sartre, Mounier, Maritain.
Condamné à six mois de prison pour un article dénonçant la
politique pro allemande du gouvernement, il a quitté la Hongrie et s'établit en
France en 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale il participe à la Résistance.
En 1945, François Fejtő dirigeait le bureau de presse de
l'ambassade de Hongrie à Paris, il a démissionné à la suite de la condamnation
de László Rajk, un ami de jeunesse.
Dès ce moment là, il a rompu tout lien avec
la Hongrie
(C’est en 1989 pour les obsèques nationales d'Imre Nagy, un des héros malheureux
de l'insurrection de 1956, qu’il est retourné dans son pays natal.)
François Fejtő a fréquenté après la guerre le Congrès des intellectuels pour la
liberté, aux côtés de Raymond Aron, François Bondy, David Rousset.
La publication en 1952 de L'Histoire des démocraties populaires, un succès
traduit dans dix-sept langues et plusieurs fois réédité, lui vaut la méfiance de
certains intellectuels proches des communistes.
L’objectivité l’a éloigné de la gauche qui ne lui inspirait plus une grande
confiance .Il m’a dit avec un souris discret que les intellectuels doivent
garder leur objectivité !
Ils ne peuvent pas se soumettre aveuglement aux politiques !
J’étais totalement d’accord avec lui. Il avait tellement de raison
!
Pendant plus de trente ans Fejtö a été journaliste pour l’AFP, commentant les événements des pays de
l’est.
En effet il a été le grand auteur des études sur le communiste est européen, il
a écrit sur l’arrivé au pouvoir du socialisme, de son évolution, de son déclin
et de sa chute !!!
Il a écrit pour Esprit, Arguments, Contre-Point, Commentaire, Le
Monde, Le Figaro, La Croix, Il Giornale, La Vanguardia.
Ami de Nizan, Mounier şi Camus, interlocuteur critique et
pas d'obédience de André Malraux et Sartre, il a eu une vie de journaliste
vedette , il a interviewé sa de Tito, les chefs de Kremlin , Fidel
Castro, Willy Brandt mais aussi le général Charles De Gaulle
ou François Mitterrand.
L’Histoire des démocraties populaires est paru une année
avant la mort de Staline et les volumes II et III après quelques décennies. Celui
de 1991 raconte l’histoire de la fin des démocraties populaires).
ll avait publié les livres l’Héritage de Lénine,
1973, Le Coup de Prague ,1976.
C’est l’histoire qui a été le sujet principal de son œuvre et le premier livre
rédigé était un livre sur l’empereur Frantz Joseph II, duquel on dit qu’il a été
le plus malheureux des empereurs …
Dans l’analyse de la vie de ce monarque atypique , François Fejtö a essayé en effet de mettre en évidence les origines du conflit entre le
modernisme et le nationalisme, l’une des possible clefs d’accès

Chroniqueur du son temps et observateur de l’Europe centrale,
de Sud, de Sud-Est,Fejto a écrit également sur sa propre identité dans un
bouquin publié les années '37 ,en Hongrie !Obsédé par l’égalité et par les
héritages ethniques, Fejtö publique en France son essais "Dieu et son Juif", un
vrai bijoux littéraire sur le rôle du judaïsme dans l’histoire , dès l’écriture
de la Bible jusqu’aujourd’hui.
Mais tous ses livres ont étaient des succès: Dieu, l'homme et son diable Buchet-Chastel, 2005, Voyage sentimental, Des syrtes, 2001, Hongrois et Juifs ,Balland,
2000, ( Histoire millénaire d'un couple singulier, Où va le temps qui passe ?
Balland, 1991 ,entretien de François Fejtö avec Jacqueline Cherruault-Serper,
1956, Budapest Complexe, 1990 - 2006 L'insurrection, la première révolution
anti-totalitaire, ( Tragédie hongroise ,1958 - Horay, 1998) .
Avec sa main qui tremblait un peu ,il m’a écrit sur un bout de papier son
nom et son adresse. Je ne crois pas qu’il répondait plus au téléphone, en tout cas
il n’aimait plus parler au téléphone. Il faisait parti des hommes qui savent
vraiment vivre une vrai conversation, évoquer le passer, se souvenir .On a parlé
un peu e Liviu Rebreanu, quand il m’a demandé dans quelle partie de Transylvanie
je suis née.
Il l’avait connu et ça me semblait hallucinant;
Le lendemain j’ai lui envoyé par la poste mon dernier livre
de poèmes, Souffle éphémère. Avec une gentillesse d’aristocrate il m’a répondu
tout suite par une carte de vœux en m’invitant de me rendre chez lui pour
prendre un thé.
Comme tant des fois dans la vie, la vie m’a pris dans le tourbillon des choses
diurnes, éphémères et parfois inutile mais prenantes. J’ai reporté toujours
notre rencontre ; Mais chaque fois quand je rencontrais des hongrois je prenais
des nouvelles, j’évoquais l’épisode de notre rencontre. Ainsi je me suis
rendu compte, que Fejtö est si important pour la culture hongroise. Une vrai
légende.
J’ai appris que le délai est toujours une faute, et que c’est
préférable a faire quelque chose d’imparfait que prendre des délais…pour arriver
à faire une chose parfaite !!!
François Fejtö (né le 31 août 1909-décedé le 2 juin 2008) a vécu une vrai vie,
pleine d’événement. Et ce qu’il nous a laissé c’est une leçon sur la tolérance,
une leçon pour comprendre la vrai vie et l’histoire. Et également une leçon pour
respecter les principes au delà du pouvoir du moment et des politiques qui
décident à un moment donné.
Pour moi, il restera toujours le vieux monsieur poli et souriant, heureux de
pouvoir parler et évoquer des souvenirs de jeunesse sur Cluj et la Transylvanie, des années d'exile quand il prenait une café avec Eliade, Celibidache,
Brancusi et Cioran .Quelle vie il a pu avoir, ce Monsieur Fejto…
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